"Quelques fiches de fims" par Madeleine Cuin
 
 
 
 
 
 
 
 
 

L'ETRANGERE
de Feo ALADAG
Voilà un film intéressant jusqu'à sa conclusion abusivement cruelle. Une jeune femme turque lassée de la brutalité de son mari le fuit et se présente avec son fils de 4 ans chez ses parents de qui elle espère accueil et réconfort. Mais elle comprend vite que son père et ses frères ne veulent pas l'écouter, la consoler et la recevoir. Courageusement elle trouvera un emploi modeste dans un self-service et peut-être même, plus tard, l'ébauche d'une tendre affection masculine ... Mais c'est sans compter avec la rigueur maladive de sa famille qui lui envoie jusque sur le trottoir où elle marche ses frères porteurs d'une arme venderesse... et c'est là où le film jusque là bien mené, bien étudié, dérape car la conclusion en est inhumaine : les armes fraternelles s'étant enrayées, c'est un coup de poignard qui tuera l'enfant, celui qui n'aurait jamais dû quitter le foyer paternel.
"Trop, c'est trop" dit le langage courant, c'est aussi là la grosse erreur de ce film, dommage...


THE TREE OF LIFE
(L'arbre de vie)
 
Quel film prétentieux !
Les premières images colorées et informes glissent sur l'écran, se retrécissent ou s'élargissent, s'étalent comme les signes avant coureurs d'une fièvre épuisante chez le metteur en scène qui, après ce curieux début, nous fait partager la vie d'une famille où règne un père très sévère avec ses fils; la mort accidentelle de l'un d'eux n'épuisera ni son désir de régneraveuglément, ni la passivité craintive de son épouse.
Scène finale bizarre où hommes, femmes glissent tels des fantômes sur ine plage à la recherche sans doute improbable d'une vie enfin comprise. Malheureusement, je fais partie des spectateurs qui se sont demandé c e que voulait dire le metteur en scène et quels étaient les chemins tortueux pris pour une démonstration dont, seul, le titre a quelque panache.


MINUIT à PARIS
(MIDNIGHT in PARIS)
de Woody Allen
C'est bien connu, nous aimons tous Woody Allen... aussile suivons nous, ou plutôt son acteur jeune écrivain américain venu à Paris avec fiancée et futurs beaux parents dans ses ballades préférées, les quais, Notre-Dame, Saint-Germain, les places prestigieuses où il retrouve les silhouettes admirées des années enfouies Hemingway, Miller, Gertrude Stein et même le rapide envol noir et blanc du french cancan à Montmartre ! Ce délire personnel et imprévisible est porté par un solo de jazz très connu, très célèbre et très en harmonie avec ces retours élégants vers une ville aimée et célébrée aussi avec une originalité attendrie.
 
LE GAMIN AU VELO
de Jean-Pierre et Luc DARDENNE

Voilà un joli film plein de tendresse et d'humanité autour d'un jeune garçon confié à un foyer d'accueil et qui ne pense qu'à retrouver son père cuisinier aussi vague que les terrains alentour... Mais ce père, enfin rejoint après une couse à vélo épuisante de l'enfant, lui signifie une coupure nette de toute relation. Eperdu, traumatisé, tremblant de chagrin, le garçon trouvera un refuge chaleureux auprès d'une jeune femme coiffeuse dans la bourgade et dont le coeur généreux tremble à la vision de cette jeune détresse. Par sa douceur, sa compréhension, sa patience, elle arrivera à dénouer méfiance et révolte chez le garçon sans père. Mieux, elle tranchera en sa faveur entre son fiancé et lui, obsédée par cette énorme dose de tendresse qu'elle doit à cet être souffrant rencontré sur sa route.
Beau film à voir et à apprécier.
 
POURQUOI TU PLEURES ?
de Katia LEWKOWICZ

Si vous avez passé un dimanche morose, allez voir cette comédie tourbillonnante où Benjamin Biolay incarne avec une justesse remarquable un jeune homme incertain à la veille de son mariage, sa fiancée l'a abandonné quelques jours, il n'est pas sûr de ne pas être attiré par une autre, il subit toujours l'autorité de sa mère (excellente Nicole Garcia). Il s'étonne des joyeux préparatifs de la cérémonie, un peu inquiet de cette future famille juive envahissante, bref, il demeure songeur et mal à l'aise, ce qui nous vaut des scènes courtes mais bien menées. Bien entendu le mariage se fera mais nous aurions bien suivi encore un peu la grande silhouette du héros en proie à tant de sentiments contradictoires et difficiles. 

 
LA FILLE DU PUISATIER
de Daniel AUTEUIL
Pourquoi Daniel Auteuil a-t-il voulu faire revivre une histoire que le public d'il y a quarante ans avait tant aimée ? Certes, c'est un excellent acteur juste, sobre et émouvant, mais on ne peut, dans les scènes principales, oublier Raimu et son écrasante présence.
Et puis, Kad Merad n'est pas fait pour son rôle de brave type amoureux transi et sauveur d'une situation à l'époque dramatique pour une jeune fille enceinte et délaissée par l'auteur de cette histoire qui a brûlé une fois et, précisément, la jeune fille délaissée n'entre pas dans son rôle et semble la plupart du temps de mauvaise humeur et boudeuse. J'espère pour elle qu'un prochain rôle lui rendra cette fraîcheur spontanée qui n'appartient qu'à la jeunesse.

Donc rien de convaincant dans ce film qui baigne heureusement dans la lumière de la Provence. 

 
RABBIT HOLE
de John Cameron Mitchell
ou comment cherche à se reconstruire un couple déchiré par la perte accidentelle de son petit garçon de 4 ans. Cette mère désespérée peut parfois paraître froide, étrangère à son mari qui essaie de se rapprocher physiquement et maladroitement d'elle qui est à vif qui ne sait à quels gestes se vouer : décrochera-t-elle des frigo les dessins de Dany ? Donnera-t-elle ses vêtements ? Ses peluches ? Tout la blesse, ses amis, sa mère qui veut l'aider, bizarrement elle ne trouve quelque apaisement que dans les brèves rencontres et conversations avec le jeune lycéen qui au volant de sa moto a heurté le petit garçon. Doucement, très doucement, cette brûlée vive va rejoindre la tendresse de son mari et leurs mains rapprochées dans le dernier plan du film est un symbole d'espoir, de lumière dans cet univers de souffrance où ils ont basculé tous les deux.

LA NOSTRA VITA
de Danièle LUCHETTI

Le cinéma italien avec sa vibrante humanité, sa vaste émotion, sa chaleur infinie, ne nous est pas encore rendu avec ce film qui, pourtant, aurait dû transmettre tout cela dans un scenario dramatique : un jeune ouvrier italien confronté à la mort de sa femme lorsqu'elle met au monde leur troisième garçon, ce drame va le transformer et le voilà immergé dans la corruption, le travail au noir dans le bâtiment, le racisme, il va jusqu'à fermer les yeux sur la mort d'un sans-papier dont ses patrons ont coulé le corps dans le béton pour ne pas risquer la fermeture du chantier où il travaille. Heureusement ses frères et soeurs le soutiennent et aussi l'amour qu'il a pour ses enfants. Dommage que malgré la brillante interprétation de Elio Germano et malgré le tissu dramatique du récit, l'émotion ne passe pas ou, tout au moins, pas assez pour un tel sujet qu'un Comencini ou un Risi eût délivré dans une humanité palpable.
 
LES YEUX DE SA MERE
de Thierry KLIFA


Film confus, meli-melo de sentiments, de personnages dont aucun n'attire vraiment à part Géraldine Pailhas en danseuse passionnée par son art et qui sait rendre avec justesse et sobriété les difficultés nde sa vie personnelle déjà marquée par le peu d'élan qui la lie à sa mère. Quant au personnage de l'écrivain qui ne parvient pas à écrire son second roman, l'on se demande pourquoi il veut s'immiscer dans la vie de cette mère célèbre présentatrice de télévision et de sa danseuse de fille et ce pour le plaisir de traquer leurs histoires personnelles ? Pour en extraire la ligne centrale de son projet de roman difficile à faire exister ? Ces personnages, ces thèmes, ces situations baroques souvent font que l'on entre jamais vraiment dans cette histoire beaucoup trop chargée et pas assez séduisante pour que l'on ait envie, patiemment, tel un jeu de société embrouillé, de la découvrir.

AVANT L'AUBE
de Raphaël Jacoulot

Voilà un film que l'on ne peut qualifier de "thriller" bien qu'un drame non expliqué l'habite, de comédie dramatique parce qu'il vaut bien mieux que tout cela. C'est en effet le cheminement implacable de la caméra sue les visages qui donne son poids précis à l'histoire, celle d'un directeur d'hôtel de luxe dans les Hautes Pyrénées toujours opposé à son fils et découvrant un jour qu'il a commis l'irréparable (un des clients de l'hôtel ayant été retrouvé mort et dépouillé dans un ravin) le jeune réceptionniste de l'hôtel a, lui aussi, tout compris et cela lui vaudra une attention, une protection toute particulière de la part de son patron, comment cela se terminera-t-il ? Là n'est pas la question que devrait se poser tout spectateur car il demeure pris dans l'ambiance précise et inquiétante à la fois ce cette histoire qui rappelle "Le juge et l'assassin" et certains films de Chabrol. C'est une réussite rapidement et froidement menée.
A voir pour son côté si prenant.

 
MA PART DE GÂTEAU
de Cédric Klapisch


Certes l'affrontement entre deux mondes ce n'est guère là une idée nouvelle mais Klapisch et ses acteurs ont fait une comédie assez réjouissante que l'on suit avec d'autant plus de plaisir que Karin Viard excelle dans son rôle de femme de ménage d'un trader cynique vers qui l'a conduite son licenciement de l'usine qui l'employait jusqu'alors et dont son nouveau patron est en partie responsable. La conclusion de cette vie partagée si ingrate d'un côté, si cynique de l'autre, est amenée d'assez jolie manière ce qui donne à ce film assez d'intérêt pour que l'on ait envie d'aller le voir.

LES DAMES DU 6ème ETAGE
de Philippe LEGUAY

Encore une fois la lutte des classes, le désert qui s'étend entre la bourgeoisie et la domesticité, mais à ce constat particulièrement évident, le film apporte une note de gaité naturelle et efficace, les "bonnes" comme l'on disait encore en 1950, 1960, formant à leur 6ème étage un choeur espagnol des plus souriants et sympathiques au point que l'un des bourgeois employeur découvre avec elles et surtout avec l'un d'elles le bonheur de vivre, la largeur d'esprit enfin le sel de l'existence ce qui le conduira à laisser sa vie confortable pour partir à la recherche de la jolie Maria qui a quitté fonctions chez lui depuis quelque temps. De la bonne humeur donc dans ce film où Luchini ne surjoue pas (pour une fois) et où Sandrine Kiberlain campe une "patronne" très vraissemblable mais réceptive à une certaine douceur compréhensive vis à vis de ces jeunes exilées par la force des choses.

 
LE DISCOURS D'UN ROI
de Tom HOOPPER

Bon film bien mené, bien analysé, bien joué mais cela suffit-il à vivre devant l'écran des moments de qualité ? Oui, si l'on se passionne pour les efforts intenses que tente le médecin de Georges VI pour corriger son bégaiment, l'amitié qui les liera puisque le roi se laissera appeler "Bertie" par ce spécialiste génial. L'acteur est parfait (Colin Firth), il joue sobrement ce monarque qui veut reconquérir sa dignité la beauté du langage et sa musique. Quelle belle récompense alors quand il peut annoncer plus tard l'entrée de l'Angleterre dans la guerre sans ces terribles arrêts d'autrefois dans l'expression orale.
Mise en scène discrète qui réussit le pari de concilier cette histoire intime à celle de l'histoire tout court.
ANGELE ET TONY
d'Alix DELAPORTE

Une histoire d'amour entre un marin pêcheur et une jeune femme sortie de prison qui veut récupérer son fils confié à ses beaux-parents, tout cela dans un décor sombre, rude d'un port du Cotentin où la crise sociale, l'absence des pères (celui d'Angèle n'existe pas, son fils n'en a plus, celui de Tony a péri en mer) augmente autour des deux personnages de ce joli film la volonté à la fois dure et tendre de faire face ensemble à cette existence qui, jusqu'à leur rencontre ne les a guère épargnés.
Un simple conte très réussi.


SOMEWHERE
de Sofia COPPOLA
Le film du vide ou : comment le héros, acteur célèbre, réside dans un hôtel de luxe (le famaux château Marmont sur Sunset Boulevard) entre la promotion d'un film, la préparation d'un autre, ne sait que faire de lui-même, tourne en rond avec sa Ferrari (première image sur laquelle s'ouvre le film) ne se souvient même pas du nom de ses conquêtes passagères, enfin essaie de noyer un ennui profond d'où le sort pour quelques jours de présence de sa fille de onze ans, à la faveur d'une absence maternelle, qu'il accueille dans cet hôtel "jetset". Ce sera pour lui une parenthèse heureuse, humaine, enfin authentique. C'est en cela que le cinéaste a réussi le pari de nous intéresser avec le presque rien de ces vies brillantes en apparence et dont la mélancolie dérive nous submerge devant l'écran.

 
ANOTHER YEAR
de Mike LEIGH
Une année de plus, une année de moins et celle que décline Mike Leigh ressemble à toutes les autres pour Tom et Gerry, couple de sexagénaires unis par une tendresse sans faille qui les porte à recueillir de temps en temps une collègue de travail de Gerry, une mélancolique et maladroite Mary affolée par la solitude de sa vie qui tentera de séduire l'invité de ses amis et même leur fils qui vient présenter sa future femme, s'ajoute au fil des saisons Ken, le vieux copain rongé par l'alcool et la solitude, et le silencieux frère de Tom qui perdra sa femme dans l'année, passera quelques jours chez Gerry et Tom bousculés ainsi dans la quiétude aimable de leur vie.
Chronique sensible, naturelle, humaine au fil des saisons vécue devant nous par des acteurs extraordinaires de naturel, de justesse, de sensibilité. C'est un film rare qu'il faut aller voir.


La Petite Chambre
de Stéphanie CHUAT et Véronique REYMOND
C'est le film de la gravité et de la douleur, gravité parce que la vieillesse y est confrontée avec tous ses problèmes, un fils qui ne comprend pas que son père refuse la maison de retraite, une infirmière dont la brusquerie attentive essaie de cacher le drame de la mort de son nouveau né, ces deux personnages sont en présence tous les jours, une amitié, une complicité vont à ce point les réunir que l'infirmière acceptera le vieux monsieur atrabilaire dans la chambre préparée pour le nouveau né disparu, ainsi leirs vies se rejoignent tous les jours dans l'extrême sensibilité des moments qui passent chargés de tant de souffrances intimes. Un nouvel anfant s'annoncera pour cette jeune femme dure et tendre à la fois, le vieux monsieur disparaitra de sa vie.
Très beau film remarquablement joué par un Michel Bouquet à qui vont tant d'hommages mérités, et Florence Loiret-Caille absolument digne d'éloges pour la sobriété intense de son personnage.

La Princesse de MONTPENSIER
de Bertrand TAVERNIER


Remercions Bertrand Tavernier pour ce beau film grave et élégant car il n'a jamais laissé sa caméra trop longtemps sur des scènes de batailles ou de vie au château ou d'affrontements verbaux entre les personnages, ils nous sont livrés avec mesure, avec talent, avec élégance. La sobriété enferme ces images superbes : chevaux combattant au bout de leur courage, csènes d'amour où excelle Mélanie Thierry si juste dans ses expressions et ses attitudes. C'est loin du film "à costumes" où ont sombré trop souvent d'autres adaptations et l'intérêt ne faiblit pas pour cette princesse de Montpensier aimée par le duc de Guise, son précepteur l comte de Chabannes (le très séduisant Lambert Wilson), son mari le prince de Montpensier qui a peu de chance de conquérir l'amour de son épouse tourné vers le duc de Guise qui se lassera.
Voilà de beaux moments d'ardentes visions : un beau film.

ELLE S'APPELAIT SARAH
de Gilles PAQUET-BRENNER


Beau film grave intelligemment mené par Kristin Scott-Thomas- tojours excellente et juste- qui joue le rôle d'une journaliste suspectant qu'un drame s'est passé dans l'appartement occupé par ses beaux-parents en 1942 et où Sarah - qu'est-elle devenue?- a enfermé son petit frère dans un placard pour le siustraire à l'horrible meute qui orchestre la rafle du Vel'd'Hiv. Sombre mais percutantes images de ce Vel'd'Hiv et du camp de Beaume-la-Rolande délivrées avec force émotion bien sûr, mais réflexion et discussions contemporaines ce qui donne au film une intelligence et une gravité profondes. La petite Sarah est jouée excellemment par Melusine Mayance qui émeut et attendrit par le secours hélas trop faible qu'elle veut porter à l'innocence.

BIUTIFUL
de ALEJANDRO GONZALES INARRITU

C'est le film de la douleur porté avec un talent extrême par Javier Bardem qui joue ou plutôt vit le rôle d'un homme qui apprend qu'il va mourir rongé par le cancer et se bat farouchement pour élever ses enfants (jolie scène où il invente un repas de fête pour les faire sourire), trafique en aidant Sénégalais, et chinois clandestins qui vivent dans ce Barcelone crépusculaire si inquiétant. Avec sa démarche courbée mais forte, car il lutte sans arrêt physiquement et mentalement, sa machoire prête à mordre si l'heure se fait plus inquiétante encore, voilà un portarait sans concession du malheur de cet homme qui luttera jusqu'au bout de sa nuit.

DES HOMMES ET DES DIEUX
de Xavier Beauvois

Voilà un film bouleversant : la vie quotidienne faite de prières et de silence, mais aussi de crises, de doute et de peur des sept moines de Thibérine qui furent assassinés en mai 1996 par l'intolérance terroriste.
Leur foi sera mise à l'épreuve face aux armes (le prieur refuse leur autorité), belle scène où les moines viennent vendre leur miel au marché du village et celle où Frère Luc essaie d'apprendre ce qu'est le bonheur à une jeune musulmane. Scène lumineuse qui ne peut que faire penser à la Cène) où, au cours d'un repas, qui sera le dernier, les moines écoutent de la musique après avoir confronté leurs peurs et leurs doutes devant une situation qui se dégrade de jour en jour.
Ce film superbe, essaie de résoudre le mystère de la foi, emporte le spectateur dans sa lumière, dans son universalité avec une simplicité pleine de force à l'image de ces gens de bien qui ont atteint le dépassement d'eux-mêmes.


AURORE
de Luca GUADAGNINO

Il eût fallu Fellini, de Sica ou Viscomti pour "traiter" cette lady Chatterley à l'italienne.
Ce film est long, ennuyeux et convenu, aucun acteur pour le sauver. 
Quand retrouverons-nous la magie du cinéma italien, son humanisme, sa sincérité, sa prodigieuse vitalité et ses mystères qui semblaient tisser des liens avec le spectateur éblouï ?

 
POETRY
de Lee CHANGDONG

Ce film émouvant raconte le calvaire d'une grand'mère qui espère sauver son petit fils du tribunal (il a violé avec des camarades une jeune fille de son lycée qui vient de se suicider) en participant avec les autres parents des accusés, qui veulent acheter par de l'argent, le silence de la mère de la jeune victime. Rien ne l'arrêtera pour obtenir la somme prévue (scène terrible où elle cèdera aux envies sexuelles d'un vieil homme dont elle s'occupe), scène reposante dans une campagne fleurie et fertile où elle essaiera d'entrer en contact avec la mère douloureuse de la lycéenne, scène reposante encore où elle s'inscrit à un cours de poésie et pour chasser l'enfer de ses soucis familiaux, essaie d'écrire des poèmes sur la grâce d'une fleur ou de la lumière de l'été, choses fragiles et douces sur le chemin ardent où elle "brûle", se consumant dans le désir que tout redeviendra meilleur, et c'est peut-être dans les eaux du fleuve qu'elle atteindra la paix.
Il faut aller voir ce film douloureusement intense où par la magie du jeu de l'actrice à la fois inspiré et simple, on ne peut que l'accompagner sur sa route difficile, naïve parfois et toujours pleine d'une dignité désespérée.

THE HOUSEMAID
d'Im Sang Soo

L'histoire serait banale si elle ne se déroulait pas dans une villa somptueuse de Séoul où tableaux de prix, laques, miroirs, couloirs immenses sont surpris par la magie d'une caméra élégante et glacée qui donne même aux quelques scènes érotiques un certain esthétisme fugace. 
Sur ce beau décor règne avec indifférence le maître de maison qui joue du piano, aime les grands crus et la jeune servante nouvellement engagée. Cette liaison passagère se terminera dans le drame d'un avortement programmé par la maîtresse des lieux aidée par sa propre mère, inspiratrice de raffinements cruels. 
Film violent, sombre qui ne doit son succès qu'à la réalisation parfaitement orchestrée grâce à la qualité de la mise en scène, sobre, épurée et d'autant plus prégnante. 
 

DANS SES YEUX
de José CAMPANELLA

Si l'on aime les films énigmatiques, sombres, obscurs parfois, car c'est l'histoire d'un flic désabusé qui ne croit plus à grand chose, il découvre le cadavre d'une jeune femme meurtrie, violée, récemment mariée, et se jure de découvrir le coupable, en vain. Vingt cinq ans plus tard, il écrit un livre sur cette affaire non élucidée ce qui le renvoie à ses souvenirs d'amours passés, non aboutis, à ses regrets de n'avoir osé déclarer sa passion à sa collègue de travail devenue procureur depuis. La revoyant, y aura-t-il une renaissance amoureuse pour eux? 


LES PETITS RUISSEAUX 
de Pascal RABATE

Les petits ruisseaux ne font pas toujours les grandes rivières et l'on patauge vite dans des images convenues, banales faussement comiques (le sommet est atteint lors de la rencontre fortuite avec les jeunes libérés, style hippies, qui comprennent les désirs enfouis dans ce septuagénaire venu goûter les charmes de sa campagne d'autrefois). Comment croire à cette étude laborieuse et peu convaincante des sentiments amoureux, des désirs sexuels refoulés? 
Les acteurs n'y peuvent rien, les spectateurs non plus.


LA TETE EN FRICHE 
de Jean BECKER

Il faut aller voir ce film pour les moments souriants que vivent une charmante veille dame qui aime passionnement la lecture, et un brave garçon assez frustre, heureux de sa vie café-copains. Leur rencontre sur un banc public de square au cours de laquelle la vielle dame évoque Romain Gary et surtout Camus, va bouleverser leur existence puisque l'un enrichit son esprit l'autre recueille une douceur de fin de vie inespérée, elle sera même arrachée par son "élève" à la maison de retraite. Un profond courant humaniste donne à ce film sans prétention tout son prix, et sa simplicité le rend poignant. 


LA COMTESSE
de Julie DELPY

Les fortes et angoissantes histoires que nous aimons tant, resurgissent grâce au talent de julie Delpy qui, avec une sobriété et une troublante efficacité, nous conte la vie de cette comtesse hongroise de la fin du XVIème siècle qui, à la mort de son mari, gère avec autorité le vaste domaine familial, elle s'éprend d'un jeune noble que son père oblige à épouser une aristocrate de son âge. Immense désespoir de la comtesse qui devient une veuve sombre, obsédée par ses premières rides, le sang des vierges qu'elle ordonne de tuer sera-t-il un remède miracle, un élixir de jouvence? Jamais elle ne s'éveillera de cette folie meurtrière qui la conduira après jugement vers une mort horrible, emmurée vivante dans une pièce de son château.

Julie Delpy prête son beau visage las et immobile à cette "comtesse Dracula" et sans moyens pesants et racoleurs, nous entraîne dans la cruauté et la force d'une époque intense et ardente.   


MAMMUTH
de
Benoît DELEPINE & Gustave KERVERN

Voilà un film hors normes " mammuth" qui ne pouvait être joué que par "notre" acteur français Gérard Depardieu, cheveux longs à la Mickey Rourke, embonpoint imposant, le voici qui, après un pot d'adieu sinistre au sein de la société "Sodiporc" où il a travaillé, se heurte aux murs de sa maison, incapable de résister au vide de son existence nouvelle, sur le conseil de sa femme (l'excellente yolande Moreau que l'on ne voit pas assez) il va partir sur sa moto, une vieille "mammuth" en quête de ses premièrs employeurs pour réunir les fiches de travail qui lui permettront de constituer sa demande de retraite, et au cours de ce périple, des rencontres surréalistes de lieux, de gens, s'égrenent, le visage d'isabelle Adjani, la douce folie de miss Ming, les bâtiments d'autrefois qui ont changé, apparaissent dans les couleurs de livres d'images, un univers virtuel s'accorde à la fantaisie à la fois optimiste et mélancolique du héros sur sa moto à la poursuite d'une certaine philosophie consolante de la vie puisqu'il retrouve sa femme éternellement compréhensive et peu étonnée par ce retour dans la vraie "vie". 

WHITE MATERIAL 
de Claire DENIS

Opulence des blancs, minorité pauvre des noirs, plantation de café menacée par ceux qui n'ont rien et au centre, rigide, butée dans son choix de lutter coûte que coûte, Isabelle Huppert, visage fermé, mine hagarde (obligée un jour, le fusil sur la tempe, de distribuer des dollars pour obtenir le passage d'un contrôle routier), accrochée sans faiblesse à cette terre qu'elle a reconnue pour sienne et à laquelle elle voue un intérêt dur, âpre, niant ce qui peut devenir, ce qui est déjà devenu en certains coins d'Afrique, le cauchemar des occidentaux. 
A voir pour le talent de l'actrice, pour cet "ailleurs" plein de remous tragiques. 


LES INVITES DE MON PERE
d'Anne LE NY

Agréable comédie, plus grave qu'il n'y paraît tout d'abord, car comment un médecin retraité engagé dans l'humanitaire en arrive à déshériter ses enfants pour la séduction d'une jeune moldave épousée en secret pour lui éviter un retour dans un pays difficile. Compréhensifs, les enfants, tous deux médecins, acceptent tout d'abord le nouveau comportement de leur père, peut-être réellement amoureux de cette Tatiana exotique, des doutes plus sérieux s'installent au gré des situations souvent drôles, toujours marquées de tendresse et qui ne débouchent jamais sur des conclusions partiales. 
Les acteurs sont excellents et illustrent à merveille qu'il n'y a pas de morale individuelle, et que dans toute vie il faut savoir composer et surtout comprendre.  


AJANI
de SCANDAR COPTI et de YARON SHANI
Ajani, un quartier de Jaffa où bouillonnent toutes les peurs, toutes les douleurs, tous les conflits entre juifs, musulmans, chrétiens.
Comment Omar va-t-il trouver de l'argent ? Comment Malek, jeune palestinien, règlera l'opération de sa mère ? Plusieurs histoires se mèlent, violentes et tragiques et tellement intenses que le film semble plutôt un documentaire qu'un résumé violent de ces années sombres qui opposent dans un éternel combat Israéliens et palestiniens. 


UNE EXECUTION ORDINAIRE
de Marc DUGAIN

A voir pour le face à face entre Staline (excellent André Dussolier) et une jeune femme médecin convoquée par le tyran aux douleurs physiques multiples, car elle sait imposer des mains apaisantes. Le film baigne dans une lumière sépia qui accentue le côté lourd, inquiétant du décor où glissent des personnages murés sur leurs secrets, leurs convoitises, leurs rapports riches de dangers pour les autres. Cette atmosphère étouffante, la masse inquiétante du "camarade" Staline, le visage buté sur une frayeur qui ne la quitte pas, de Marina Hands, la jeune femme médecin, baigne le film dans une réalité convaincante et sombre qui saisit le spectateur.

LA RAFLE
de Roselyne BOSCH

Il faut voir ce film qui retrace avec émotion les terribles journées des 16 et 17 juillet 1942 où basculent dans l'horreur tant des juifs arrachés brutalement à leur vie quotidienne pour rejoindre les camps de Beaune-la-Rolande et de Drancy et, un peu plus tard, ceux de la mort en Pologne et en Allemagne. Cette tragédie ne saurait sortir de la mémoire et, à ce titre, il faut rendre hommage à la réalisation qui, avec simplicité, sans effets spectaculaires a su traduire ces moments pour lesquels aucun mot ne saurait convenir sinon celui de la violence de la vérité humaine et historique. 


BAD LIEUTENANT
de Werner HERZOG

Film que mènent la violence des faits et celle des policiers qui traquent à la Nouvelle Orléans dealers et voleurs de toutes sortes. Précisément, le lieutenant Terence Mac Donnagh est à la poursuite d'un dealer important et des responsables d'une famille assassinée. Sa vie personnelle est en danger et l'abus des médicaments puissants (pour vaincre un mal de dos chronique) le mènent au bord de la violence verbale et physique dans une atmosphère dérangeante, explosive qui ne manquera pas de choquer le spectateur, mais ... n'est-il pas venu précisément pour ces bruits, ces fureurs, ces algarades dans le cadre sombre et inquiétant de la Nouvelle Orléans ?


A SERIUOS MAN
des Frères COHEN

Ou comment d'une situation usée et banale (une femme apprend à son mari qu'elle veut refaire sa vie avec un autre homme) les frères Cohen tirent un film alerte, souvent gai autour de cet anniversaire américain sans histoires jusque là, dont la vie entre épouse, enfants et une ville plate et monotone du midwest ne voit un remède à ces turbulences que dans des visites à quatre rabbins différents nettement peu intéressés par le récit de ces problèmes conjugaux. 
Voilà une histoire à la simplicité truffée d'humour et compatissante à ces vies qui partent en vrille soudain au coeur d'un matin qui s'annonçait pourtant paisible. 


CRAZY HEART
de Térence Malick
de Scott Cooper

ou la descente aux enfers de Bad Blake chanteur de country qui joue dans des endroits minables où il est payé parfois en verres de bourbon. Il composa jadis des succès aussi l'un de ses disciples d'autrefois lui demande de l'accompagner, un renouveau s'amorce pour lui en même temps qu'un bonheur possible avec une jeune journaliste rencontrée lors d'un concert, bonheur qui ne durera pas et se termine dans un face à face plein d'une certaine élégance. L'histoire se déroule sur le rythme indolent que le chanteur a donné à sa vie Jeff Bridges fracassé par ses démons, déchu, est absolument remarquable dans ce rôle de désabusé pathéthique. 

THE GHOST WRITER
de Roman Polanski

Un "nègre" littéraire après la disparition de son prédecesseur non expliquée accepte d'achever les mémoires d'un ancien premier ministre britannique (Adam Lang) qui s'est retiré sur un île de vent et de pluie de la côte Est américaine. Les zones d'ombre du passé de lang ne sont rendues que par de silencieuses et inquiétantes poursuites nocturnes de voitures noires glissant sous la pluie - pas de véritables actions mais le poids d'une inquiétude lente, persistante, d'une claustration effrayante dans cette île battue par les vents. Combien sont lourds les méandres de ce thriller politique que Polanski a rendu avec la force de sa propre claustration vécue. 



PRECIOUS
de Lee Daniels

L'histoire d'une afro-américaine de seize ans battue par sa mère, violée par son père (dans le film elle accouchera de son deuxième enfant) obèse, à la vie familiale cauchemardesque. Elle décide, poussée par la rage d'être comme les autres, d'entrer dans une école alternative où un peu de sympathie, de compréhension lui sont accordées. C'est ce combat farouche, désespéré intense vers une autre vie qui donne toute la grandeur de ce film où passe le formidable courant plein de force et de courage de l'héroïne si émouvante dans sa force obstinée.

et toujours ... 
LES PLAGES D'AGNES
d'Agnès VARDA

Si l'on aime feuilleter les albums de vielles photographies, si l'on aime évoquer les souvenirs d'un passé chaleureux et tendre il faut aller voir ce film plein de charmes où Agnès Varda (à qui l'on doit entre autres "Sans toit ni loi" "les glaneurs et les glaneuses") joue avec certains moments vécus avec tendresse. Bien sûr les images sont à elle mais leur diversité émouvante nous atteint, nous ravit et nous lui en savons gré comme si nous remercions une amie chère. 

 

LE REFUGE
de François OZON

Film sensible et attachant, original dans son déroulement et où Isabelle Carré - toujours parfaite - affronte le terrible problème de la drogue qui lui a ravi le père de son enfant qu'elle mettre au monde par envie personnelle bien qu'elle ne se sente pas encore prête pour cette responsabilité écrasante. Elle le confiera - pendant le temps de sa reconstruction - au frère de son ami décédé, homosexuel incertain, avec qui elle a noué une courte aventure lors de quelques jours passés ensemble dans la maison refuge au bord de l'océan où elle a essayé de se libérer de ses démons.  

MOTHER
de BONG JONN-HO

La caméra se fixe si intensément, si autoritairement sur les visages, les gestes, les lieux qu'on en oublierait presque le déroulement du film: une femme prête à tout pour disculper son fils - légèrement déficient - de l'accusation de meurtre d'une lycéenne. Cette vieille acupunctrice est elle-même assez trouble: (n'a-t-elle pas essayé autrefois de faire disparaître son fils, alors tout petit, prise dans la complexité effroyable de la solitude) son visage chaviré par la lutte, l'émotion maternelle restera longtemps dans la mémoire.
A voir pour cette brillante interprétation, pour ce paroxysme de la recherche haletante de la vérité.

LEBANON
de Samuel MAOZ

Visage effroyable de la guerre au Liban. Quatre jeunes israéliens enfermés dans un monstre d'acier: un tank où seul le tireur perçoit dans son viseur la ronde apocalyptique des tragédies du dehors, paysans déchiquetés, tête ensanglantée d'un homme qui passait. Tous ces jeunes soldats sont laminés par l'angoisse, la peur, l'horreur. Pendant quelques secondes le récit troublant d'une anecdote personnelle renvoie encore plus durement celui qui l'a racontée au tragique ambiant.
A voir pour - hélas - le son de vérité de ce voyage dans l'enfer de cette machine de mort. 


12
de Nikita MIKHALKOV

Inspiré du film de Lumet "12 hommes en colère", 12 jurés autour d'une table pour juger un jeune tchétchène accusé du meurtre de son beau-père. Les acteurs - remarquables de vérité - miment chacun à leur tour (l'un des leurs ayant mis en doute la justesse de la culpabilité de l'accusé) l'évènement l'histoire personnelle qui, par son écho, va les inciter à revoir leur décision. C'est alors un foisonnement de gestes, de mimiques si bien que le film en perd de son efficacité, de sa persuasion. Trop longue démonstration, dommage, nous avions tant aimé "Soleil trompeur" du même cinéaste. 

UNE VIE TOUTE NEUVE (Corée du Sud)
de Ounie LECOMTE

Il faut aller voir ce film poignant où s'exprime toute la détresse d'une fillette de neuf ans placée par son père dans un orphelinat. La révolte, l'incompréhension l'habitent avec, au fond d'elle même, tenace, têtu, le désir impatient de retrouver sa vie colorée par l'amour de ce père à qui elle croit encore; une amitié passagère avec une autre pensionnaire plus âgée ne la calmera pas et le douloureux point final de sa vie "toute neuve" sera l'arrivée à Paris dans une famille qui va l'adopter et à qui elle offre le visage impassible, secret de tous les tourments, tous les espoirs vains, tous les chagrins qui ont déjà ennuagé son enfance.
LE CONCERT 
de Radu MIHAILEANU

ou comment un chef d'orchestre réputé, devenu homme de ménage au Bolchoï où il triomphait jadis, intercepte un fax invitant au Chatelet à Paris ce même orchestre d'où décision de s'approprier l'invitation et immense remu-ménage chez tous les fidèles musiciens amis, recherche fiévreuse des instruments des partitions, courses éperdues dans Paris, préparatifs intenses jusqu'au soir de triomphe à Paris - Juste revanche de ces artistes qu'avait éloigné du théâtre leur judaïté.
C'est gai, vif optimiste, cette course folle pour retrouver la magie d'un soir est entraînante et salutaire.


 

MADEMOISELLE CHAMBON
de Stéphane BRIZE
Une histoire simple, une rencontre qui n'aboutira pas entre deux êtres que réunit le hasard des situations, beaucoup de sensibilité de pudeur chez les acteurs Sandrine Kiberlain et Vincent Lindon, ce film est l'antidote de ceux pleins de violence et de perversité que l'on doit subir parfois au fil des programmations. 

WELCOME
de Philippe LIORET

Deux personnages dans ce film émouvant, passionné un jeune kurde prêt à traverser la Manche à la nage pour rejoindre sa fïancée, un maître nageur sensible à la détresse de cet étranger qui, avec ses compagnons de misère est bloqué dans le no man's land calaisien où est menacé d'arrestation tout habitant qui aidera humainement ces destins déjà brisés. 
Deux portraits vibrants d'humanité et portrait aussi d'une ville que déchire le dilemme crucial poter secours ou faire semblant de ne rien voir? 
Très bonne interprétation, fiction intelligente et sensible. 


LE RUBAN BLANC (allemand)
de Michel HANEKE

Lourd, fascinant ce film souvent implacable par sa sévérité est le portrait cruel d'un village allemand peu avant la 2ème guerre mondiale, y grandissent des enfants -souvent bizarres- ployant sous une éducation d'un rigorisme brûlant - Tout n'est que portes closes, austérité, est-ce l'éclosion du terrorisme futur? 
Le noir et blanc de la réalisation ajoute encore un poids supplémentaire à la dure perfection de ce film à voir. 

VINCERE
de  Mario BELLOCHIO

Ce film est le combat mené par une femme à la fois douce et passionnée à la poursuite d'un homme qui, au faîte de sa réussite, la repousse elle et leur enfant caché.
Chaque rencontre est un combat, chaque étreinte un moment de folle passion vaincue, désespérée elle ira d'asile en asile, devenue encombrante sous le feu des discours impérialistes de son bourreau le maître de l'Italie, pour un temps à sa dévotion. 
A voir pour le jeu des acteurs, pour le regard perdu de l'héroïne. 

IRENE
de
Alain CAVALIER

Recherche émouvante d'une femme aimée disparue dans un accident d'auto. 
La caméra explore les maisons, les villes où elle a vécu, patiemment s'attarde sur un bibelot, une fenêtre d'où elle aimait contempler le jardin, une poignée de porte si souvent frolée.
Tout devient sacré, et cette quête éperdue est menée à la façon d'un poème tragique et jamais oublié. 

TSAR
de Pavel LOUNGUINE

Suite d'images sauvages et démesurées dont le spectateur n'est pas fâché de voir se briser la farandole épuisante, car cet Ivan partagé entre sa folie mystique, une troupe de servants qui brutalisent les villes une tête de chien accroché à la selle de leurs chevaux, sa brutalité aveugle le conflit qui l'oppose au métropolite Philippe son ami d'enfance se noie dans une folie sanguinaire qu'un acteur exceptionnel porte au sommet de cette Russie du XVI ème siècle. 

STILL WALKING
de HIROKAZU KORE EDA
(Japonais)

Une famille déchirée par la mort d'un fils qui a péri en sauvant un garçon de la noyade que ne consolent même pas les retrouvailles avec les frères et soeur du défunt, le cabinet médical où se réfugie la père desespéré mais des tentatives de retrouver la vie d'autrefois dans les paysages connus: le jardin, le seuil de la maison, la route qui va au cimetière, tous ces lieux familiers où ils marchent (Still Walking) sans jamais se sentir apaisés bien que bon gré, mal gré, les générations montantes transmettront les mots et les gestes des anciens. 
Douceur, mélancolie, sérénité, courtoisie, tel est ce film à voir. 


 
 

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